La colline du Wawel

Publié le par Jérôme


Le Wawel, je l'ai déjà évoqué à plusieurs reprises. Mais, bon, je ne savais pas trop comment l'aborder. Suite aux reproches de certains se plaignant du silence radio sur le blog, j'ai décidé d'enfin vous présenter ce lieu hautement symbolique dans l'histoire polonaise...



Le Wawel, tout d'abord, ce n'est pas le nom du château, mais de la colline. Celle-ci, fortifiée, est le siège du château royal depuis 1038, mais aussi de la cathédrale ou sont d'ailleurs regroupées les tombes de l'ensemble des anciens Reines et Rois de Pologne.

Au pied de la colline coule la Vistule (Wisła). On trouve aussi la caverne du dragon devenu emblème de la ville. Pour la petite histoire, la légende raconte que ce dragon dévorait des jeunes filles. Le roi désireux de s'en débarrasser proposa la main de sa fille à celui qui le tuerait. Les plus valeureux chevaliers se bousculèrent et tous échouèrent. Finalement, un petit artisan malin laissa près de l'antre du dragon une peau de mouton imbibée de soufre. Le dragon, la bouche en feu, alla boire l'eau de la Vistule et bu tellement que son ventre explosa. Promis, je reviendrai plus tard sur cette légende. Mais retour au Wawel et son château...

Dès le début de l'histoire de la Pologne, la colline du Wawel était le centre du pouvoir laïque et ecclésiastique. En l'an 1000 l'évêché fut institué à Cracovie, et peu après la première cathédrale fut élevée au Wawel. Le château servit de résidence aux souverains de la Pologne à partir du milieu du 16ème siècle jusqu'au début du 17ème siècle.


Le bâtiment actuel comprend des fragments romans et d'importantes parties gothiques visibles depuis le pied de la colline. Mais son aspect actuel date principalement de la période du règne d'Alexandre Jagellon (1501-1506) et de Sigismond le Vieux (1506-1548).



Suite à un violent incendie, la reconstruction du château en style Renaissance a été commencée par Eberhard Rosemberger, maître en maçonnerie et par François de Florence, auteur des galeries et des éléments décoratifs en pierre.

Leurs travaux se sont poursuivis avec le maître Benedykt et Bartolomeo Berrecci de Florence.

C'est un évènement malheureux - l'incendie du château - qui fera de Cracovie une des villes européennes ayant fait sa mutation du gothique au style Renaissance la plus rapide. En effet, en moins de 30 ans, non seulement le château (de 1504 a 1535), mais aussi de nombreux édifices religieux et résidences privées vont subir une véritable révolution architecturale.

Le meilleur exemple est la cour intérieure avec ses promenades et ses trois niveaux d'arcades.



Les salles de la résidence Royale étaient pourvues d'une décoration qui comportait un fil directeur symbolique et homogène. Il reflétait la gloire et la vertu du maître du Wawel et de la Pologne, dangereux pour les ennemis, indulgent pour ses sujets, sage et pieux. Certains éléments demeurent, comme des frises peintes, des plafonds en bois, des encadrements de portes sculptés. La décoration du plafond de la Salle des Députés, des têtes humaines sculptées et peintes, forme le fragment le plus original.

La collection de tapisseries flamandes constitue l'un des trésors du château. Initiée par le Roi Sigismond-Auguste (1548-1572), cette collection a vu sa destinée directement liée à l'Histoire de la Pologne. Après le troisième partage de la Pologne en 1795, elles furent transférées en Russie avant de retrouver le Wawel dans les années 20. Au début de la seconde guerre mondiale, elles ont été envoyées en Roumanie, et ensuite via la France et l'Angleterre, au Canada, d'où elles sont revenues en 1961 pour être de nouveau accrochées dans les salles du château. Mais seules 142 des 360 tapisseries originales ont survécu.

Après le départ de Sigismond III de Cracovie, le Wawel a perdu sa fonction de résidence royale.

Autre destinée funeste pour le Wawel suite au troisième partage de la Pologne en 1795 : l'ancien château royal devient la caserne des soldats autrichiens et ceci pendant de longues années du 19ème siècle. Ce n'est qu'en 1905 que l'armée quitte les lieux et que les travaux de réhabilitation peuvent commencer. C'est en convainquant les Autrichiens de faire du château la résidence de l'Empereur François Joseph lors de son passage à Cracovie que les autorités locales obtiendront non seulement le départ des militaires, mais aussi des fonds pour la rénovation... Très malin, d'autant plus que François Joseph n'y aura finalement jamais résidé...

Moment sombre de son Histoire, pendant la seconde guerre mondiale, le Wawel devient le siège des autorités allemandes occupantes et la résidence du gouverneur général Hans Frank. Tout comme le gouverneur général de Paris, celui-ci avait reçu l'ordre de tout détruire en cas de défaite. Le Gouverneur General désobéît aux ordres...

Sur la colline du Wawel se trouve aussi la Basilique-cathédrale Saints Stanislas et Venceslas de Cracovie. Elle constitue l'église principale de l'archidiocèse de Cracovie et un sanctuaire national, où les rois, les poètes et les héros nationaux de la Pologne sont enterrés. Tout élève polonais fera la visite de cet endroit au cours de sa scolarité.



La première cathédrale, dont les vestiges sont relativement peu nombreux, fut construite après l'institution de l'évêché à Cracovie en l'an 1000. Détruite environ 150 ans plus tard, elle fut réédifiée dans la première moitié du 17ème siècle. Suite à un premier incendie en 1305, le roi Ladislas Premier de Pologne décida de la reconstruire dans le style gothique. Il fut aussi le premier monarque couronné et enterré dans cette cathédrale.

Sous le règne de Sigismond le Vieux, Bartolomeo Berrecci de Florence bâtit la « chapelle de Sigismond » autre exemple caractéristique de la métamorphose Renaissance de Cracovie.


Les rois de Pologne et les évêques, tout au long de l'histoire, modifièrent la cathédrale, ses chapelles et sa décoration, conformément aux styles et aux goûts de l'époque.

Aujourd'hui, la cathédrale est l'un des monuments historiques polonais les plus importants. Elle est inscrite (avec tout le centre historique de Cracovie) sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Visite intéressante, on dispose aussi d'une belle vue sur l'ensemble de la ville depuis sa tour principale. Pour y accéder et avoir la chance de toucher la Dzwon Zygmunta, cloche de Sigismond fondue en 1520 et pesant pas moins de 8 tonnes, vous emprunterez un véritable labyrinthe d'escaliers en bois abrupts et étroits au milieu des charpentes du bâtiment. La fortune sourirait paraît-il à ceux qui toucheraient la cloche...

Autre anecdote, à l'entrée de la cathédrale, on trouve une défense de mammouth et des ossements. La légende dit que lorsqu'ils tomberont, Cracovie sera détruite.


Véritable symbole national et religieux, lieu de nombreuses légendes, on attribut aussi à la colline du Wawel l'un des chakra de la Terre, l'un des sept points d'énergie positive de notre planète... Certains pensent aussi que l'un des murs du château possède des pouvoirs de guérison... Mes recherches sont pour le moment restées sans succès... La Direction du château ne veut d'ailleurs pas entendre parler de cette histoire. Ce qui explique certainement qu'on ne trouve pas sur la colline de pancarte indiquant «  Le chakra, c'est là ! »...

Pour conclure, un petit retour sur Stanislas Wyspianski dont j'ai déjà évoqué l'œuvre (pour un petit retour en arriere, clique ici)... Voici ce qu'il disait du Wawel :

« Ici, tout est polonais, chaque pierre et chaque fragment,
et le visiteur qui entre fait partie intégrante de la Pologne...
»


Ceci résume bien l'importance du Wawel dans l'héritage polonais, n'est-ce pas ?

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